Bonjour à tous, je verse un peu d'encre ici bas pour vous faire profiter d'une partie de mon histoire...
Lyranne Valighën - L'archipel des Sélénae -
Je suis originaire de l'archipel des Sélénae. Situé à l'ouest d'Amn et séparé du continent par la Mer des Épées, celui-ci est composé de six grandes îles : Alaron/Gnarhelm, Gwynneth, Moray, Basse Neige, Norland et l'île d'Oman ainsi que de deux petits archipels : les îles de Norhelm et l'archipel de Korinn.
J'ai grandi au cœur de la vallée du Loch Myr qui abrite Synnoria, le pays elfique des Llewyrrs. Au sein de ce petit royaume, situé au milieu de montagnes abruptes et protégé magiquement contre toute intrusion, se trouve la cité Chrysalis, vestige d'une gloire passée.
Les elfes mâles y sont devenus rares et la protection de la cité est assurée par un corps d'élite féminin, les « Soeurs de Synnoria », commandées par Brigit Cu'Lyrran. Revêtues d'armures, équipées de lances d'argent et d'épées longues enchantées, elles montent de magnifiques destriers blancs, descendants de Kamerynn la licorne.
Peu portée sur le combat physique, j'ai développé des talents dans la confection de tenues enchantées, capes, pourpoints, chausses… qui m'ont valu une bonne renommée. Mais trêve de palabres et laissez-moi vous compter mes mésaventures lors d'un voyage vers la lointaine cité d'Eauprofonde.
L'hiver débutait à peine et la neige recouvrait déjà la fine toison pourpre et or qui tapissait le sol de la fière Chrysalis. Le vent se faufilait entre les branches qu'il heurtait en saupoudrant d'une fine pluie d'étoiles les quelques passants qui riaient aux éclats. La bonne humeur étendait son aura à toute la cité. Dirigeant mes pas vers l'observatoire, je traversais la colonnade, longue allée de pierres grises bordée des sculptures des héros de légende recouvertes de lierres et harmonieusement implantées dans le paysage. J'observais ainsi la vie s'écouler, blottie sous ma fine cape mauve aux liserés d'argent. Je croisais par moment les pas des quelques courageux qui osaient sortir et m'enquérais de leurs nouvelles.
De longues minutes plus tard, j'arrivais enfin devant l'édifice du vieil Olwën Grismanteau. Je poussais le battant de la porte finement ouvragée de reliefs de feuilles d'argent et d'or. La beauté et le silence qui régnaient en ce lieu incitaient au respect. Un long escalier en colimaçon d'un blanc opalin, éclairé par la lumière filtrant à travers de somptueux vitraux grimpait vers les étages. Le rez-de-chaussée était fleuri d'une myriade de plantes aux couleurs chatoyantes contrastant avec la saison actuelle. La pièce ronde était tapissée de peintures retraçant les époques glorieuse de la cité et de long tapis brodés recouvraient le sol. Des fioles, parchemins et grimoires reposaient sur quelques étagères et bureaux. Emerveillée par ce décor que je découvrais pour la première fois, je fus surprise en entendant la voix du vieil elfe.
- « Elen sila lumenna omentielmo » (1), quelle nouvelle te conduit en ce lieu ?
- « Suilad » (2), noble Olwën. Je suis venue requérir votre aide en prévision d'un long voyage.
- Je vous écoute mon amie…
Il m'observait, un sourire aux lèvres, appuyé sur un bâton de frêne orné de motifs étranges. Il était difficile de deviner où s'arrêtait sa longue chevelure d'argent et où commençait sa robe blanche.
- J'ai récemment reçu une missive de « l'Ordre des Maîtres tailleurs et gantiers » d'Eauprofonde. Ceux-ci implorent mon aide pour la confection d'une tunique destinée à l'un des nobles de la ville. Le voyage s'annonce d'autant plus rude et périlleux, que je ne connais guère la région de la côte des épées. J'ai besoin de cartes afin d'établir un itinéraire sûr pour protéger mes étoffes des pillards écumant les routes commerciales.
- Je vois… Finit-il par dire après un court silence. Suit moi, j'ai ce qu'il te faut mais j'aurais toutefois un service à te demander en contrepartie…
Olwën avait une grande expérience des voyages, il avait longtemps parcouru les terres de Féerûne et nombreux étaient ceux qui venaient lui demander conseil avant de partir à l'aventure. Quel âge pouvait-il avoir ? Il m'était difficile de l'estimer tant sa beauté et la grâce avec laquelle il se mouvait le faisaient paraître jeune.
- Entrez dame Valighën, accordez-moi un instant le temps de trouver ce dont vous avez besoin.
Sur ce, il s'éloigna pour entamer ses recherches. Je profitais de l'occasion pour observer les lieux.
Le premier étage de la tour était à l'image de la pièce du dessous, richement décorée. Elle était illuminée en son centre par une sphère armillaire en perpétuel mouvement et de nombreuses étagères remplies de livres magnifiquement reliés ceignaient le tout en un cercle parfait. Une partie de la salle était occultée par un paravent qui la soustrayait aux yeux indiscrets.
De somptueuses tentures imprimées de curieux symboles, encadraient d'immenses fenêtres oblongues en ondulant au gré des courants d'air.
- J'ai trouvé ce que je cherchais. Fit Olwën d'un ton triomphant.
- Montrez-moi cela.
Il déploya sur une table de chêne une carte de taille moyenne. Le parchemin jauni lui conférait un aspect usé et fragile mais l'encre ressortait malgré tout admirablement bien, dénotant un entretien régulier.
- Voici les routes commerciales de la côte des épées… Les trajets en ligne continu vous indiquent les itinéraires les plus empruntés et par conséquent les plus dangereux. Ceux en pointillés sont les itinéraires les plus longs. Peu de marchands les utilisent, bien souvent ils privilégient une bonne escorte et la route la plus courte.
- Je n'ai hélas pas le temps d'engager quelqu'un pour assurer ma sécurité…
Olwën tapota la carte de ses doigts fins et agiles. Il semblait tracer mentalement un itinéraire différent des voies répertoriées.
- Aucun navire ne fera le voyage d'ici jusqu'à Eauprofonde en cette saison, les courants et les vents rendent les voyages maritimes trop périlleux.
- Que me suggérez-vous ?
- J'ai bien une petite idée mais il vous faudra suivre l'itinéraire que je vais vous indiquer à la lettre.
Le ton qu'il venait d'employer ne me rassurait guère.
- Je vous écoute.
- J'ai non loin d'ici, un vieil ami qui acceptera volontiers de vous prêter un navire un peu particulier…
- Quel genre de navire ?
- Sa fantastique machine, est capable de survoler aussi bien les terres que les mers.
Un petit sourire naquit sur ses lèvres, se transformant bien vite en un petit rire en voyant l'étonnement sur mon visage.
- Que… Qu'avez-vous dit ?
- Un navire volant, voilà le moyen que vous utiliserez pour accomplir une partie de votre voyage. Cela aura pourtant un prix assez considérable car peu nombreuses sont les personnes à connaître ce secret.
- Mais, dans ce cas pourquoi m'en faire part ? Je ne saisis pas très bien ce que vous attendez de moi.
- Vous allez comprendre.
Il se redressa et d'un pas rapide se dirigea vers une étagère ou reposait un vieux grimoire poussiéreux. D'un geste calme et assuré, il s'en saisit et revint le poser devant moi.
- Voici ma chère, un ouvrage faisant référence aux artefacts les plus rares de Toril (3). Jetez un œil à cette page.
Olwën me mettait mal à l'aise. Il tournait fébrilement les feuilles du livre, visiblement excité à l'idée d'obtenir enfin, grâce à moi, une chose qu'il convoitait depuis des lustres. Je posais mon regard sur la page indiquée et poussais une exclamation de surprise… [À suivre…]
(1) - Une étoile brille sur l'heure de notre rencontre… Phrase rituelle lorsque deux personnes se croisent ou se rencontrent. Equivalent de « bonjour », ou « très heureux de vous rencontrer ».
(2) - Salutations
(3) - Féerûne est un des continents de Toril dont le nom archaïque signifie à peu de chose près "berceau de vie".